La proposition d’écriture qui inspire tous les publics : le jeu des listes !

Catherine Berthelard

Listes et inventaires en tout genre sont de bons déclencheurs d’écriture. On avance sur la page pas à pas, on pose quelques éléments de son monde avec précaution. Le Je y transparaît plutôt qu’il n’y apparait et cela permet dans les débuts, de parler de soi mais avec pudeur. Avec des publics qui découvrent l’atelier, ces ouvertures créent des entrées en écriture faciles et sensibles. Elles permettent également d’approfondir ce genre avec des groupes avancés, de façon plus littéraire ou plus poétique.

Les inventaires sont à l’origine de l’écriture. On compte, on énumère, on liste depuis la nuit des temps. On recense, on cartographie le monde en inventoriant de petites et de grandes choses. On dresse des listes pour garder trace mais aussi pour classer, pour ordonner le réel. Avec les listes, on peut couper, ajouter, ordonner, permuter. On peut passer du coq à l’âne, changer de registre de langue, créer des ruptures d’associations. Tout est possible.

Georges Perec dans son œuvre, ne s’y est pas trompé. Les listes et les inventaires constituent ce qu’il aime à nommer L’Infra-ordinaire, ce banal, ce commun, ce qui constitue le monde dans lequel nous vivons. On peut inventorier avec lui les lieux où l’on a dormi, les objets sur sa table ou bien compter les voitures (noires, ou vertes !) si l’on se poste à un carrefour comme dans Tentative d’épuisement d’un lieu parisien. Selon l’avancée du groupe en écriture, on peut proposer d’aller écrire ces inventaires à l’extérieur avec Espèces d’espaces, tenter que cet infra-ordinaire devienne rythme et poésie du dehors. J’aime également les inventaires sensibles de Sei shonagon qui ne se démodent pas, ces Notes de chevet écrites au fil de la plume : Les choses qui rendent heureuxou bien qui sentent bon ou plus subtiles, les choses qui ne font que passer. Et ces choses qui font nos vies se transforment soudain en sensations, deviennent esquisses poétiques.

Tous les publics sont capables de dresser des listes ou des inventaires.

Quand il s’agit de se rencontrer, d’oser écrire ou de devenir plus incisif, je propose des listes collectives. Les feuilles tournent ou bien s’affichent et chacun, à son tour, ajoute un élément supplémentaire à la liste de son voisin. Ainsi le groupe construit cet universel à partir des singularités de chacun. On peut proposer des listes de tout : de ses rêves, de ses voyages, de ses mots préférés, de ses peurs. Même des listes de listes.

On peut s’amuser avec Ito Naga et ces listes de Je sais et Je ne sais pas. On peut se surprendre à rechercher les petits bonheurs de la vie à la façon de Philippe Delerm dans la première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules. On peut aussi goûter à la poésie de l’inventaire en s’inspirant de Laurence Vielle, poétesse belge, qui met en sons et en rythmes, les réponses à ces questions :

C’est quoi le monde ? Qu’est-ce qui te fait vivre ?

La liste peut se suffire. Cela commence par un mot ou une phrase ou par plusieurs phrases qui se déplieront ensuite. On précise l’élément de l’inventaire ou bien l’on reste plus vague. L’inventaire est là pour capter la réalité nue et pourtant l’inventaire excite, aussi, l’imagination des écrivains pour devenir soudain invention. On s’amuse des rythmes, on affine, on compose. On devient explorateur et on écrit alors toutes sortes d’inventaires étonnants ou farfelus !